CONFIDENCES D’UN BURKINABÈ SUR LA RDC

Ablassé

Homme politique et économiste du « pays des hommes intègres », Ablassé Ouedraogo s’est longuement entretenu avec Opt1mum magazine. Premier africain à occuper le poste de directeur général adjoint de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), il connaît bien la RDC pour avoir travaillé au bureau du PNUD à l’époque de l’ex-Zaïre. Ce pays qu’il porte dans son cœur, insiste-t-il, peut apporter du bonheur à sa population pour peu que la bonne gouvernance et la démocratie soient renforcées comme partout ailleurs en Afrique. Dans cet entretien exclusif, Ablassé Ouedraogo parle surtout de sa grande passion : l’Afrique. Il aborde sans tabou tous les défis auxquels est confrontée la région : richesses naturelles, gouvernance, démocratie, croissance économique et échanges commerciaux. Selon lui, le vrai bonheur pour les Africains sera toujours au bout du travail, le travail avec passion.

Après avoir visité et même travaillé en RDC à l’époque de l’ex-Zaïre, qu’est-ce qui vous a le plus marqué en foulant dernièrement le sol kinois ?

Je n’ai jamais coupé les ponts avec la RDC depuis mon affectation de Kinshasa à Nairobi, toujours aux Nations Unies. J’y ai gardé des frères et des amis et j’y suis revenu plusieurs fois. Comme tous les pays d’Afrique, des efforts sont faits pour développer la nation et répondre aux aspirations des populations, dont le nombre ne cesse de croître. C’est un grand pays avec des potentialités qui devraient permettre de couvrir les besoins. Au cours de mon séjour, j’ai pu saluer un certain nombre de hautes personnalités de votre pays pour échanger sur la situation politique, économique et sociale actuelle. Je suis, même de loin, ce qui se passe dans ce grand pays que j’aime bien. Les Congolais sont un peuple très courageux et travailleur. C’est comme si je me trouvais au Burkina Faso. En arrivant pour cette conférence en octobre 2016, j’ai été impressionné par l’ordre et la discipline qui règnent à l’aéroport, notamment au niveau des formalités de police. C’est vraiment différent d’avant. J’ai été aussi impressionné par les robots qui sont installés aux carrefours pour régler la circulation. La RDC est capable de tout faire pour le bonheur de son peuple pour peu que la bonne gouvernance et la démocratie soient renforcées comme partout ailleurs en Afrique.

En tant qu’Africain et homme politique dans votre pays, le Burkina Faso, que vous inspire ou quelle est votre lecture du processus politique engagé en RDC, à travers un Dialogue, pour aboutir à des élections à tous les niveaux ?

J’espère ne pas vous surprendre en disant que rien ne vaut la paix et la stabilité, et qu’aucun pays, quelle que soit sa richesse, ne peut prospérer dans un climat de tension et de désordre. C’est dire qu’il est capital que les Congolais de tout bord politique comprennent que la violence, d’où qu’elle vienne, ne justifie jamais rien et ne règle jamais rien. La culture africaine a toujours privilégié le dialogue franc et sincère. J’apporte donc mon soutien sans réserve à ce processus de dialogue, conduit par des autorités religieuses, dont la dextérité et la pondération sont connues de tous. Je vous confirme qu’au cours de mon séjour, j’ai pu échanger avec les hommes politiques de premier rang de tous les bords pour comprendre l’évolution des négociations conduites sous les auspices de la Communauté internationale. Je sais que l’Église est prête à apporter sa contribution à la recherche de solutions acceptables pour résoudre la crise politique que traverse la nation. J’exhorte toutes les parties prenantes, et de manière plus large, tous les partis congolais, à participer de manière active et constructive, à ce processus, seule alternative possible si l’on veut sauvegarder la paix dans ce beau pays. Et les Congolais, en vrais patriotes, sauront le faire, en mettant l’intérêt général au dessus des intérêts personnels égoïstes.

Après des années de forte croissance, les économies africaines essentiellement minières ont perdu de leur vigueur. Faut-il repenser le modèle de développement et quels seraient les atouts sur lesquels la région peut s’appuyer pour son décollage ?

Cette perte de vigueur dont vous parlez n’est pas une surprise pour les esprits avertis. Il faut d’abord remonter plus loin et se demander ce qui expliquait cette forte croissance. La réponse est claire : le cours des matières premières avec au premier rang le pétrole. L’augmentation du rythme et du nombre des gisements, pétrole et autres minerais. En un mot, la matière première. Ceux qui viennent acheter, ils le prennent aux prix qu’ils fixent, se font de bonnes réserves et aussi tiennent compte des débouchés commerciaux pour les produits finis. C’est tout bête. Au fond, l’économie africaine n’a pas changé en cinquante ans. L’industrialisation est restée au point zéro depuis toujours. L’Afrique est restée fournisseur de matières premières. Le seul changement intervenu en cinquante ans est l’arrivée de nouveaux interlocuteurs, notamment les grands pays asiatiques avec en tête de peloton la Chine. Il nous faut absolument repenser et surtout réaliser autrement notre développement. Le continent africain a besoin de développer la filière de transformation sur son sol au lieu de ses matières premières. Il se doit d’innover en offrant des biens et services qui répondent à ses besoins. Encore faut-il bien les identifier d’abord.

Laisser un commentaire

*