L’argent se gagne par la politique

18_zoom_politik

Au travers de sa lecture de la politique des trois dernières décennies en République démocratique du Congo, le Pr. Elikia M’Bokolo nous renvoie à un événement important inscrit dans les annales de son histoire. Mine de rien, de la Conférence nationale de 1991 à aujourd’hui, cela fait 25 ans, une génération. Une période où pourtant la question cruciale n’est pas à proprement la politique comme d’aucuns le penserait. Il n’est plutôt question que des institutions. L’histoire ne serait-elle pas entrain de se répéter ? Et les véritables enjeux quels sont-ils ? Peut-être que l’on devrait plus y faire et la nation s’en porterait mieux…

Quelle lecture faites-vous de la politique des trois dernières décennies en Rép. du Congo ?
Dans notre histoire, nous comptons des politiciens de référence tels que Kasa-Vubu, Lumumba et Diomi, qui se sont formés tout seuls et puis, il y a des politiciens de la trempe des commissaires généraux d’autrefois, souvent issus des universités, diplômés en droit ou en sciences économiques. Ces derniers, jusqu’à aujourd’hui, continuent de penser que la politique c’est du droit ; la politique reste la politique, l’on n’a pas besoin d’être diplômé en droit pour en faire. Lumumba est l’un de nos meilleurs politiciens, pourtant l’on oublie qu’il a été agent commercial d’une brasserie, c’est-à-dire un marchand.

De la Conférence nationale de 1991 à aujourd’hui, cela fait 25 ans, une génération, que l’on ne parle que d’institutions. L’on ne parle pas de politique. Agissent de la sorte tant le politicien du pouvoir que celui de l’opposition. La plupart d’entre eux passent du pouvoir à l’opposition, et vice versa. Nous avons aussi la société civile, constituée le plus souvent de juristes, de professeurs de Lettres, et des journalistes, qui ont compris que l’on peut basculer de l’information vers la politique. Au fond, ceux qui se retrouvent à la Table Ronde, à la Conférence Nationale Souveraine, au Sommet de Sun City, ne sont pas des politiciens. Un vrai politicien fonde un parti, s’attire des sympathisants, qui cotisent pour constituer les fonds de fonctionnement du parti. Mais pour que ces derniers cotisent, il faut que le parti ait un projet et qu’il soit crédible. Chez nous, la politique c’est un système de prédation généralisée, celui d’avoir volé l’argent avec lequel vous allez entretenir une clientèle, ces individus qui vont applaudir, se mobiliser et marcher pour vous, mais qui ne se feront pas tuer pour vous, parce qu’ils ne sont pas convaincus par vous. Et, c’est ainsi que vous allez rentrer dans le pouvoir pour en sortir aussi vite. De plus, ce sont les mêmes noms qui reviennent.

Laisser un commentaire

*