Plus d’improvisation que de planification

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En général en République Démocratique du Congo, les grands faits politiques sont considérés à partir de 1960, l’année de l’indépendance. Cependant, l’historien Elikia M’Bokolo reste d’avis qu’il faut commencer en 1959. Car, convient-il à l’éminent professeur de rappeler, jusqu’à la fin de l’année 1958, l’indépendance n’était pas vraiment à l’ordre du jour. L’était plutôt un changement possible des institutions pouvant, à terme, y mener. Et, là-dessus, tout le monde n’était pas tout à fait d’accord parce que, chez les Belges tout comme chez les Congolais, il y avait des gens qui rêvaient encore d’une communauté belgo-congolaise. Mais le plus dramatique dans l’histoire de cet État en gestation c’est que personne n’avait pensé à son économie. À ce jour, 56 ans plus tard, la RDC n’a toujours pas trouvé sa voie.

Que peut-on retenir de l’état d’esprit des Congolais au moment de l’indépendance en 1960 ?

Il paraît important de commencer en 1959 parce que pour la première fois de manière aussi visible, le peuple, c’est-à-dire les classes populaires, monsieur et madame tout le monde, ceux que l’on appelle aujourd’hui les enfants de la rue ou les kuluna, les Indubill à l’époque, les mamans, les chômeurs, etc., sont entrés pour la première fois sur la scène politique avec énormément de violence, le 4 janvier 1959. C’est cela qui a brusquement donné un coup d’accélérateur. Mais, c’est vrai que l’ambiguïté de l’affaire c’est qu’entre fin 1958 et 1959, on voit que les forces politiques commencent à se mettre en place au Congo. D’un côté, il y a tous ces gens, en l’occurrence, les Lumumba, Kasa-Vubu, Diomi, Tshombe et autres, qui représentent une sorte de classe moyenne assez ambigüe. Il y en a beaucoup qui sont fonctionnaires, quelques-uns sont employés dans les affaires comme Lumumba, et quelques autres sont dans les affaires comme Tshombe et sa famille. Tous ces gens ne sont pas d’accord sur le plan politique comme ils ne le sont pas d’ailleurs sur le plan économique. Beaucoup ont pensé qu’il fallait en finir avec la colonisation sans savoir si c’était vraiment une rupture totale ou si l’on gardait l’ensemble du système mais en passant le pouvoir aux Congolais. D’autre part, on ne savait pas trop qu’est-ce qu’on allait faire. Pour beaucoup, on continuait, car ceux qui avaient des idées nouvelles ne savaient pas trop quoi faire. J’ai relu récemment un entretien que Lumumba a donné en 1959 à Bruxelles, devant des personnalités de la gauche belge, des socialistes, interventionnistes favorables à une sorte d’État-providence, à une redistribution des revenus. Quelqu’un lui a fait remarquer que la redistribution des revenus au Congo était très, très inégale, mais c’était pareil partout en Afrique. On lui a demandé s’il savait quel était le rapport entre Blancs et Noirs. Très honnêtement et naïvement, il a répondu qu’il ne savait pas, en ajoutant : « Je ne suis pas économiste. Les chiffres existent, nous verrons après ».

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