Recul des investissements européens en RDC

JM DUMOND

La République Démocratique du Congo enregistre une tendance à la diminution des investissements venant d’Europe. Il est même difficile de projeter un regain d’intérêt des investisseurs européens, en dépit de l’action combinée du retour progressif de la croissance dans le vieux continent, des opportunités d’investissement dans des secteurs diversifiés et des réformes majeures visant à améliorer le climat des affaires en RDC. Pour le Chef de la Délégation de l’Union européenne, Jean-Michel Dumond, les efforts des autorités Congolaises sont à encourager mais ils tardent à produire les résultats. Dans un entretien à bâtons rompus, le diplomate confirme le retrait de plusieurs entreprises européennes importantes du marché congolais ces dernières années.

L’Union européenne se porte mieux et elle renoue avec la croissance économique. Avez-vous observé un regain d’intérêt de la classe des affaires européenne sur la République Démocratique du Congo ?

Les entrepreneurs européens se déterminent sur la base des perspectives offertes par le marché congolais pour leurs entreprises et non en fonction de considérations générales. Et puis, il n’y a pas une classe des affaires européenne mais plutôt des entreprises individuelles qui n’obéissent pas à des consignes mais à leurs intérêts propres. Dès que les perspectives seront favorables ici en RDC, ils seront, n’en doutez pas, au rendez-vous.

Les investissements européens sont-ils en recul en République Démocratique du Congo, et si oui, quelles en sont les causes ?

Les statistiques concernant les investissements en RDC sont fort imprécises, ce qui empêche de se prononcer avec certitude sur cette question. Mais les indications que nous recevons vont plutôt dans le sens d’une stagnation, voire d’une diminution des investissements venant d’Europe. Comme vous le savez, plusieurs entreprises européennes importantes se sont retirées du marché congolais ces dernières années. La levée des incertitudes politiques et sécuritaires, mais plus encore le climat des affaires et la stabilité du cadre juridique et fiscal, constituent des éléments déterminants pour inciter les investisseurs européens à lancer de nouveaux investissements. À cet égard, la protection des investissements réalisés est un facteur important. Plusieurs de nos États membres ont conclu avec la République Démocratique du Congo des accords dont ils attendent toujours la ratification. La pression fiscale sur les entreprises du secteur formel, ainsi que les difficultés de l’État à appliquer le cadre légal et réglementaire d’une manière égale constituent également des considérations importantes pour des entreprises à la recherche de nouvelles opportunités d’investissement. Le secteur agricole illustre bien les difficultés qui peuvent surgir en la matière. Tant que l’article 16 de la loi agricole restera en l’état, il ne faut pas attendre que les investisseurs étrangers se précipitent.

Nous saluons les efforts engagés par le gouvernement congolais afin d’améliorer le climat des affaires. Ces modifications sont très encourageantes, mais elles sont longues à produire leurs effets. Surtout la question essentielle est celle de leur respect et de leur mise en oeuvre

Ces trois dernières années, la République Démocratique du Congo a initié plusieurs réformes présentées comme majeures dans le cadre de l’amélioration du climat des affaires et des investissements. Est-il plus rassurant aujourd’hui d’investir en RDC ?

Nous avons pris note avec beaucoup d’intérêt des modifications introduites dans la législation congolaise et nous saluons les efforts engagés par le gouvernement congolais afin d’améliorer le climat des affaires. Ces modifications sont très encourageantes, mais elles sont longues à produire leurs effets. Surtout la question essentielle est celle de leur respect et de leur mise en œuvre, ce qui pose la question de la justice et des capacités de l’Administration. L’Union européenne est engagée au côté du Gouvernement dans la réforme de la justice et dans celle des finances publiques.

Quels sont, actuellement, les principaux freins à l’émergence d’un secteur privé plus robuste en République Démocratique du Congo ?

Le principal enjeu est de favoriser la production locale par rapport aux importations. Tant que le système privilégiera les importations par rapport à la production locale, la situation restera difficile. L’objectif doit être de libérer les énergies. Commençons par l’agriculture, dont les potentialités sont absolument considérables. La RDC compte 800 000 km2 de terres arables largement laissées en jachère et qui pourraient nourrir toute la population africaine. Il y a là un gisement de croissance exceptionnel. N’oublions pas qu’historiquement, que ce soit à la fin du Moyen Âge en Europe et ces dernières décennies dans les pays émergents, l’agriculture a toujours été le premier moteur du développement avant l’industrialisation. Mais pour cela, il faut régler le problème de l’instabilité foncière qui empêche les banques de prendre des hypothèques et donc interdit de facto toute possibilité de prêts aux agriculteurs individuels. Ceci suppose d’améliorer très sensiblement le fonctionnement de la justice afin de permettre à tous les Congolais mais aussi à tous les opérateurs économiques actifs en République démocratique du Congo, d’accéder à une justice impartiale et de bénéficier de la stabilité dont ils ont besoin. Il faut aussi supprimer toutes les taxes illégales, qui rapportent d’ailleurs peu au budget de l’État, et constituent autant de harcèlements inutiles qui empêchent les agriculteurs congolais de donner toute leur mesure. D’une manière générale, il convient de libérer les énergies du secteur privé.

Le Premier Ministre, Augustin Matata Ponyo, a parlé d’une loi sur la promotion de l’entrepreneuriat local dont le projet a été déposé au Parlement par l’ancien ministre des Finances. Avez- vous une réaction particulière, quelles sont éventuellement vos recommandations pour réussir le processus visant à doter le pays d’une classe des affaires locale très active ?

Nous sommes très heureux des intentions affichées par le Gouvernement. Une loi est bien évidemment bienvenue. Mais là n’est pas l’élément fondamental. Il est important d’avoir un cadre juridique et fiscal stable, afin que soient évitées les mesures rétroactives. L’essentiel est l’application des lois et des règlements, et leur mise en œuvre par une administration efficace et désireuse de faciliter les choses plutôt que de les entraver. Mais là, nous retrouvons le gigantesque chantier de la modernisation et du rajeunissement de la Fonction publique, du nécessaire remplacement des cadres trop âgés, de la formation des nouvelles élites. Nous saluons à cet égard les efforts engagés par le Gouvernement et par le ministre. Plusieurs des États membres de l’Union européenne appuient ces efforts. À cet égard, la réussite de l’Ecole nationale d’administration est un pas encourageant.

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